Le titre de « livre le plus dangereux jamais écrit » est le plus souvent attribué à The Anarchist Cookbook, un ouvrage publié en 1971 aux États-Unis. Sa dangerosité ne tient pas à une idée abstraite ou philosophique, mais à quelque chose de beaucoup plus concret : il explique, de manière détaillée, comment fabriquer des armes, des explosifs et des poisons.
L’auteur, William Powell, n’était pas un terroriste aguerri mais un jeune homme de 19 ans, animé par la colère et la radicalisation propres à l’époque de la guerre du Vietnam. Son objectif initial était politique : dénoncer l’autoritarisme de l’État et donner aux citoyens les moyens de résister. Mais le contenu du livre a rapidement dépassé toute intention idéologique.
The Anarchist Cookbook rassemble des instructions pratiques pour fabriquer des bombes artisanales, des cocktails Molotov, des mines, des armes improvisées, mais aussi pour produire des drogues ou des poisons. Le problème majeur est que beaucoup de ces recettes sont incomplètes, imprécises ou dangereusement erronées. Résultat : de nombreux lecteurs ont été blessés ou tués en tentant de reproduire ces procédés.
Au fil des décennies, le livre a été retrouvé dans des contextes tragiques. Il a été lié à plusieurs attentats, projets d’attaques de masse, fusillades scolaires et actes terroristes. Sans être la cause directe de ces violences, il a servi de boîte à outils à des individus déjà radicalisés ou psychologiquement fragiles. C’est précisément ce qui le rend dangereux : il transforme une intention violente en capacité technique.
L’ironie est que son auteur a passé une grande partie de sa vie à regretter sa publication. William Powell est devenu enseignant, pacifiste, et a publiquement demandé que son livre soit retiré de la circulation. Il a reconnu que diffuser des savoirs destructeurs, même au nom de la liberté, avait eu des conséquences qu’il n’avait ni anticipées ni souhaitées. Pourtant, le livre n’a jamais disparu. Il circule encore aujourd’hui, légalement ou non, souvent téléchargé sur Internet.
Et ce livre a bien été vendu légalement et en vente libre, et c’est justement ce qui a longtemps choqué.
Lors de sa parution en 1971, aux États-Unis, le livre est publié par Lyle Stuart, un éditeur connu pour défendre une ligne très radicale sur la liberté d’expression. À l’époque, aucune loi fédérale n’interdit la publication d’un ouvrage décrivant des armes ou des explosifs, tant qu’il ne constitue pas un appel direct et explicite à commettre un crime précis. Résultat : le livre est vendu en librairie comme n’importe quel autre essai politique.
Il est resté légal à la vente pendant des décennies, y compris après avoir été relié à des affaires criminelles. Aux États-Unis, il a été protégé par le Premier Amendement, qui garantit une liberté d’expression très large. Les autorités ont régulièrement envisagé son interdiction, mais sans base juridique suffisamment solide pour la justifier à l’échelle nationale.
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