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    Roumanie: l'esclavage des Roms entre dans les manuels scolaires

    2026/05/15
    En Roumanie, des historiens planchent sur l'intégration de cours optionnels sur l'histoire des Roms, à destination des collégiens et lycéens. Le module doit notamment approfondir le sujet de l'esclavage de cette minorité, estimée entre 1,5 et 2 millions de personnes dans le pays, selon l'État roumain. Aboli il y a 170 ans, le travail forcé souffre d'un manque de visibilité dans les écoles roumaines. Mais le début de cet enseignement, prévu à la rentrée 2026, pourrait prendre du retard.
    De notre correspondant à Bucarest, Guilhem Bernes
    Assis à son bureau à Bucarest, le sociologue Adrian-Nicolae Furtuna ouvre un livre d'archives. À l'intérieur, les contrats de vente d'esclaves roms défilent : « Regardez ici. C'est le cas de Craciun, un enfant Rom, qui a été vendu à trois maîtres différents en seulement deux jours. Vous voyez ici, vous pouvez voir la signature et l'empreinte du doigt, en bas du texte rédigé en cyrillique. »
    Pendant près de cinq siècles, l'esclavage des Roms se pratique dans les principautés roumaines de Valachie et de Moldavie. Monastères, boyards, paysans, l'ensemble de la société recourt au travail forcé de cette minorité ethnique. Les esclaves sont alors considérés comme des biens meubles. Une absence de droit avec son lot de personnes battues, parfois jusqu'à la mort, de violences sexuelles et d'enfants séparés de leurs parents.
    Cette page de l'histoire est tombée dans l'oubli en Roumanie, depuis l'abolition du système, il y a 170 ans. « J'ai découvert l'histoire de l'esclavage des Roms quand j'avais 20 ans. J'étais étudiant. Quand j'ai démarré mes recherches, je ne courais pas après le sensationnel. Mais à force de documenter, j'ai fini par tomber sur des informations comme celle-ci, raconte Adrian-Nicolae Furtuna. Ces documents montrent clairement comment un paysan roumain pouvait acheter un enfant pour ensuite le revendre au monastère dont il dépendait. »
    « Ils ont besoin de comprendre (...) ce qu'il s'est passé »
    Delia Grigorie, activiste et maîtresse de conférences à l'université de Bucarest, travaille à la rédaction de nouveaux manuels scolaires. Depuis l'adoption d'une loi en juillet 2023, les collégiens et lycéens roumains peuvent choisir des cours dédiés à l'histoire des Roms. Le programme, d'une durée de quatre ans, toujours en cours d'élaboration, doit s'attarder sur leur esclavage :
    « Ils ont besoin de comprendre, dès le plus jeune âge, ce qu'il s'est passé : pourquoi les Roms ont été marginalisés et restent encore aujourd'hui fortement stigmatisés. Mais aussi, pourquoi ils s'excluent parfois eux-mêmes et gardent une très faible estime d'eux-mêmes. L'enseignement de cette histoire, qui n'est toujours pas enseignée à l'école, est essentiel. Si on la transmet, je suis sûr que le racisme reculera. »
    Mais le démarrage du nouveau cours prend du retard. Le groupe d'experts chargé de rédiger les manuels a remis sa proposition de curriculum à une commission du ministère de l'Éducation. Depuis huit mois, les chercheurs sont sans nouvelles. Delia Grigorie évoque un début des cours au plus tôt pour la rentrée 2027… quatre ans après le vote de la loi.
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    «Il y a des attaques chaque jour»: à Jérusalem, les actes anti-chrétiens se multiplient

    2026/05/15
    Début mai, une religieuse française a été agressée dans le quartier du Mont Sion à Jérusalem, tout près de la Vieille ville. L'homme, soupçonné d'être un extrémiste juif, l'a poussée violemment à terre avant de lui donner des coups de pied. L'agresseur a été arrêté. Notre correspondante est retournée dans ce quartier de Jérusalem où les chrétiens font face à une hostilité.
    « Si vous regardez les statistiques, vous verrez que nous avons certains points chauds pour la violence antichrétienne. Le premier, c'est ici le mont Sion », explique le Frère Nikodemus. C'est là que se trouve l'abbaye de la Dormition de Jérusalem, et un peu plus loin, le Cénacle. Pour les chrétiens, c'est là que le Christ aurait pris son dernier repas, juste après le tombeau de David, lieu sacré pour les juifs. Sur ce chemin, le frère Nikodemus a été harcelé plusieurs fois.
    « Il y a 23 ans, lorsque je suis entré dans la vie monastique, il y avait des crachats et des attaques. Cela se produisait déjà, disons tous les trois mois, dans l'obscurité, personne autour, pas de témoins oculaires... Enfin, vous voyez. Maintenant, ça arrive en plein jour. Ceux qui font ça, je les appelle les ''hooligans de la religion''. Leur idéologie, c'est : Israël pour les Juifs, les non-Juifs dehors », explique-t-il.
    Kippa noire et barbe blanche, Raïm s'approche et le ton monte. « Tu es un invité ici, pas une victime, tu es un invité », dit-il au frère Nikodemus. « Il y a les graffitis, il y a des attaques chaque jour. Il faut croire les gens qui en sont victimes », répond ce dernier. Mais Raïm poursuit : « Parfois, les gens crachent par terre à côté. Il faut faire attention. Comment comparer le fait de se faire cracher dessus et le fait de se faire poignarder ? » La femme de Raïm, Haya, dénonce elle l'antisémitisme à travers le monde : « Les chrétiens ne se font pas cracher dessus tous les jours. C'est un gros mensonge, un mensonge. C'est votre dernière croisade. »
    Après une heure d'invectives, arrive un relatif retour au calme. Un peu plus loin, dans la Vieille ville de Jérusalem, se trouve le Centre pour la liberté religieuse. Yisca Harani le dirige et a recensé, en 2025, 181 incidents contre les chrétiens : « Ce sont des incidents, pas des persécutions. C'est taguer les églises, vandaliser les croix ou balancer les ordures sur les gens... Je ne veux pas arriver au moment où on dira : ''ce sont des persécutions''. Je suis dévastée. À cause de ces gens, je suis accusée dans le monde entier d'être une extrémiste israélienne juive suprémaciste. Oui, je suis dévastée, et donc, j'essaie de faire le job. »
    Israël se présente volontiers comme le pays le plus sûr au monde pour les chrétiens du Moyen-Orient. L'agresseur de la religieuse française a été arrêté. Il est soupçonné d'« agression motivée par un mobile nationaliste ».
    À lire aussiExactions anti-chrétiens au Moyen-Orient: «Il ne faut pas chercher de sincérité dans les excuses israéliennes»
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    Le Manchester Museum lève le voile sur des milliers d'objets africains acquis pendant la période coloniale

    2026/05/13
    Le Manchester Museum, musée universitaire basé dans cette métropole du centre de l'Angleterre, a ouvert un « Africa hub ». Une initiative qui a permis de créer un espace dédié à ses collections africaines. Ces 40 000 objets « donnés, volés ou pris de force » à l'apogée de l'Empire britannique y sont exposés. Les conservateurs admettent n'avoir pratiquement aucune trace de leur provenance. À travers l'« Africa Hub », le musée espère collecter les informations manquantes grâce aux contributions du public. Un espace en ligne a également été créé pour que les personnes sur le continent africain ou partout ailleurs dans le monde puissent aider à identifier ces objets afin de mieux les exposer, mais aussi penser à leur restitution.
    Le reportage de notre correspondante Marie Billon est à retrouver dans son intégralité sur le site de RFI rubrique podcast Accents d'Europe.
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    «On m’a privé des aides européennes»: en Grèce, des fraudes massives aux subventions fragilisent les agriculteurs

    2026/05/12
    Un système bien rodé et colossal de détournement d'aides européennes pour l'agriculture a été découvert en Grèce, il y a plusieurs mois. Une enquête du parquet européen est en cours pour découvrir ce qu'il est advenu de dizaines de millions d'euros de subventions volés par des particuliers, avec la complicité d'employés des services publics et de responsables politiques. Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis est dans la tourmente : huit responsables de haut rang ont été poussés à la démission et l'opposition réclame des élections anticipées. C'est un scandale politique majeur, mais ceux qui en paient le prix, ce sont les agriculteurs grecs. Le versement des aides européennes, essentielles pour leurs activités, est partiellement bloqué.
     
    Le reportage d'Emmanuelle Steels à Athènes en Grèce est à retrouver dans son intégralité dans notre podcast Accents d'Europe.
    À lire aussiGrèce: remaniement gouvernemental à la suite de l'affaire des fraudes aux aides agricoles européennes
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    En Chine, le marché géant de Yiwu affecté par les guerres commerciales et les crises géopolitiques

    2026/05/11
    Donald Trump attendu en Chine en fin de semaine, avec en toile de fond les tensions commerciales entre Pékin et Washington. Mais à Yiwu, gigantesque plateforme d’exportation chinoise, beaucoup de commerçants disent avoir déjà appris à vivre sans le marché américain. Après des années de guerre commerciale, ils se sont tournés vers l’Afrique, le Moyen-Orient ou l’Asie centrale. Et aujourd’hui, certains s’inquiètent davantage des conflits au Moyen-Orient que des droits de douane américains.
    De notre envoyée spéciale à Yiwu, Cléa Broadhurst, et Lei Yang
    Dans les allées du plus grand marché de gros au monde, les commerçants de Yiwu racontent tous la même chose : la guerre commerciale lancée par Donald Trump a transformé leurs activités. Li Ye, vice-président de la Chambre de commerce d’Yiwu, explique les conséquences de ces tensions : « Depuis la guerre commerciale, ces exportations sont devenues difficiles, donc nous nous sommes reconvertis vers d’autres marchés. À un moment donné, les droits de douane ont atteint 100 %, ce qui a réduit les commandes à zéro. »
    Pour beaucoup d’entreprises locales, les États-Unis restent un marché rentable. Mais après plusieurs années de tensions commerciales, nombre d’entre elles ont commencé à diversifier leurs débouchés. C’est ce que confirme Li Tenghui, commerçant de gros : « Beaucoup de clients ont alors annulé leurs commandes ou abandonné les marchandises. Nous avons dû écouler les stocks par divers canaux, notamment celui des fins de série, ou réexporter vers d'autres pays. Aujourd’hui, beaucoup de confrères à Yiwu ne considèrent plus les États-Unis comme un marché principal. Ils ont commencé à se réorienter il y a longtemps. »
    Désormais, l’Afrique, le Moyen-Orient ou encore l’Asie centrale prennent une place croissante dans les exportations de Yiwu. Quand les routes commerciales se ferment, les commerçants cherchent d’autres solutions, comme l’explique Li Ye : « Avant, on pouvait vendre les choses directement, sans détour. Là, ça ne passe plus. Alors je fais quelques détours. Les Chinois ont une grande capacité à savoir prendre d’autres chemins, si l’on nous laisse la possibilité de le faire. »
    Mais aujourd’hui, ce sont surtout les tensions au Moyen-Orient qui inquiètent les commerçants, à l’image de Li Tenghui : « Le Moyen-Orient représente 25 à 30 % de notre chiffre d’affaires. Il ne s’agit pas seulement d’une hausse des prix ou de tarifs douaniers : les clients ne peuvent tout simplement plus acheter. Les navires ne peuvent pas accoster, ils n’osent pas accoster. »
    Même constat chez Yu Jiani, vendeuse de décorations d’Halloween : « La guerre affecte surtout nos matières premières. Le pétrole est instable, donc le tissu aussi. Les délais de livraison des matières premières sont passés d’une semaine à un mois, et les prix ont beaucoup augmenté. Certaines matières ont augmenté d’environ 10 %. »
    Pourtant, dans les allées du marché, les acheteurs étrangers continuent d’affluer. Parmi eux, Ibrahim, un commerçant jordanien qui vient s’approvisionner à Yiwu depuis vingt ans. « Je pense qu’aucun pays ne vaut la Chine. En Chine, on trouve tout ce qu’on veut. Si je ne peux pas me rendre en Chine, je vais peut-être mettre fin à mon activité », confie-t-il.
    À Yiwu, malgré les guerres commerciales et les conflits régionaux, beaucoup restent convaincus qu’il faudra continuer à passer par la Chine pour faire tourner le commerce mondial.
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