À Barcelone, mercredi 10 juin, le pape Léon XIV continue sa visite officielle en Catalogne, qui se terminera dans la soirée par une messe à la Sagrada Familia, la fameuse basilique de l'architecte catalan du XXe siècle, Antonio Gaudi. Mais surtout, le pape va bénir et inaugurer la dernière tour centrale du monument : celle de Jésus Christ, qui fait de la Sagrada Familia la plus haute église du monde. Une œuvre qui reste néanmoins inachevée et que RFI a visité avec son architecte en chef, Jordi Paoli.
De notre envoyée spéciale à Barcelone,
Au milieu des touristes, la figure discrète de l'architecte en chef Jordi Fauli se fraie un chemin. Dans les couloirs qui mènent à la salle des maquettes, le sexagénaire s'attarde toujours pour parler aux enfants. « Et aux adolescents, précise-t-il. Ces enfants sont le futur de la Sagrada Familia. C'est sûr qu'ils la verront terminée avec tout l'ensemble et l'escalier principal. »
Tout juste 144 ans après la pose de la première pierre, la Sagrada Familia est arrivée à un point d'orgue : l'achèvement de sa dernière tour centrale, celle de Jésus Christ, son point culminant. Mais elle n'est toujours pas terminée. Il lui manque sa dernière façade, celle de la Gloire, qui sera l'accès principal, doté d'un escalier monumental. Jordi Fauli l'assure, tout est bien le fruit de l'architecte Antoni Gaudi, mort il y a tout juste 100 ans : « En 1936, on a brûlé le studio de Gaudi, les plans ont brûlé et les maquettes ont été détruites en petits fragments. Mais on a récupéré près de 8 000 fragments de ses maquettes, et ses disciples ont reconstruit une partie de ces maquettes. »
Conscient qu'il ne pourrait jamais le terminer, Gaudi avait pris soin d'expliquer à ses disciples son projet, qui a été photographié et décrit dans des livres spécialisés. Mais surtout, il s'était concentré sur la construction verticale, celle de la façade de la Nativité, au lieu de construire à l'horizontale, comme c'était la coutume. « C'est évidemment une manière de faire connaître la Sagrada Familia au monde entier, parce que comme cela, avec une façade terminée, il laissait une image à photographier, divulguée partout. Mais aussi, de cette manière, Gaudi s'assurait de la continuité de la Sagrada Familia », estime Jordi Fauli.
« Un génie du marketing », s'amuse l'architecte directeur, qui poursuit la visite : « Entrons maintenant dans la nef principale, dont Gaudi disait qu'elle serait comme une forêt. Regardez : une forêt de colonnes qui se ramifient et forment des nœuds comme si c'était des arbres. Grâce à cela, il n'y a pas d'autres éléments structurels sur les façades, seulement des vitraux pour les centres et la lumière. » Des colonnes de 22 mètres de haut qui supportent tout le poids du monument et sont devenues un symbole de l'œuvre du génie architecte, explique Jordi Fauli : « Quand il a fait sa dernière maquette, il a dit : "Je suis vraiment content de la maquette des nefs, même si j'ai de la peine parce que je n'en verrai aucune partie construite." Mais il savait qu'elle serait faite dans le futur. » Un projet toujours inachevé et sans date de finalisation, mais dont le futur est déjà écrit.
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