PodcastsGrand reportage

Grand reportage

Grand reportage
Latest episode

294 episodes

  • Grand reportage

    Entre le Japon et la Chine, un froid durable

    2026/04/13
    Sanction contre un proche de la Première ministre japonaise, incursion d’un militaire japonais dans l’ambassade de Chine à Tokyo, la tension est vive entre les deux plus grandes économies d’Asie. Des propos de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi évoquant une potentielle réaction de son pays en cas de blocus ou d’invasion de Taïwan ont ouvert une phase gel dans les relations sino-nippones. RFI s’est rendu au Japon à l’invitation des autorités japonaises.
    Une poignée de touristes, de scientifiques et d’amoureux de la nature, partagent la trentaine de sièges d’un Dash 8, turbopropulseur qui effectue le trajet entre Naha, la capitale de la préfecture d’Okinawa et Yonaguni. Il faut survoler durant plus d’une heure et quart des eaux limpides avant d’apercevoir les falaises encerclant l’îlot de 1 600 habitants. Au milieu de ce décor de carte postale où des chevaux sauvages gambadent dans les prairies verdoyantes, une structure s’impose dans le paysage : la base militaire, installée depuis 2016. Nous sommes à à peine plus de 100 kilomètres de Taïwan. L’île de facto indépendante que Pékin souhaite récupérer est au cœur de la brouille entre Tokyo et Pékin.
    La dispute entre voisins a éclaté en novembre 2025. À la Diet, le Parlement japonais, la Première ministre a évoqué une potentielle réaction de son pays en cas de blocus ou d’invasion de Taïwan, en vertu du principe de « légitime défense collective ». Une brèche ouverte en 2015 dans la Constitution pacifiste du pays, lui autorisant une action militaire en cas de menace sur sa propre existence. En réponse, la Chine a multiplié les mesures : limitation des vols vers le Japon, boycott touristique, restrictions sur les exportations de terres rares, sanctions sur un député japonais proche de Sanae Takaichi, mais aussi manœuvres militaires. À Yonaguni, le point le plus à l’ouest de l’archipel, les soubresauts géopolitiques entraînent depuis de longues années des conséquences concrètes.
    Quelques jours après les déclarations polémiques de la cheffe du gouvernement japonais et au lendemain d’une visite du ministre de la Défense sur l’île, des avions de chasse ont décollé à la hâte. Un drone soupçonné d’être chinois a été détecté entre Taïwan et le petit rocher nippon à 2.000 km de la capitale. Un accident loin d’être isolé, amené à se reproduire. Tokyo augmente le budget de sa défense à 2% du PIB et souhaite poursuivre la militarisation de Yonaguni, au grand dam de Pékin. Depuis dix ans, 230 soldats d’une garnison de surveillance côtière sont venus assister aux premières loges à l’intensification des manœuvres chinoises autour de Taïwan. Une unité de guerre électronique puis des missiles sol-air de moyenne portée seront installés en 2030, dans ce site stratégique à quelques encablures de Taipei. « Compte tenu de la situation à Taïwan, et de la nécessité de protéger le territoire, la présence de militaires ici est inévitable, explique Tsueno Uechi le maire de l’îlot. L’homme pourtant réputé moins belliqueux que son prédécesseur a accepté l’installation. Il faut dire que l’île a pris l’habitude d’être au cœur du jeu géopolitique, particulièrement la quarantaine de pêcheurs qui arpentent les eaux à la recherche d’espadon.
    « En 2022, quand Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants américaine était en visite à Taïwan, cinq missiles chinois sont tombés dans la zone économique exclusive du Japon, raconte Hiromoto Ogimi dans son salon, entouré de ses prises les plus imposantes, notamment les rostres, le nez pointu des espadons, soigneusement empaillées ». « Quand il y a des exercices militaires chinois, je ne sors plus en mer. Si on va vers les îles Senkaku, on voit souvent les garde-côtes japonais qui nous disent de ne pas trop rapprocher. Parce que les navires chinois y sont et nous suivent systématiquement ». Car en plus d’être proche de Taïwan, Yonaguni est située à moins de 150 kilomètres d’un autre point de tension clé : Senkaku en japonais, Diaoyu en chinois. Huit rochers sous souveraineté nippone, revendiqués par Pékin. « Presque chaque jour, nous constatons la présence de navires de la police maritime chinoise », assure un officiel des garde-côtes nippons, tout en estimant que la situation dans la zone est restée stable depuis novembre et le début du nouveau froid entre les deux voisins.
    Mais la tension entre les deux géants asiatiques est aussi palpable dans la capitale japonaise. Les groupes de touristes chinois ont déserté les rues animées d’Asakusa, quartiers prisés des visiteurs étrangers. En bordure du temple Senso-ji, la plupart des magasins affichent la possibilité de régler par Wechatpay ou Alipay. Des moyens de paiement privilégiés par les 9 millions de visiteurs annuels venus de l’Empire du milieu, une catégorie à part, si importante que l’industrie dédiée à leur accueil a un surnom Yi Tiao Long : « un dragon ». Mais le Parti communiste chinois a poussé sa population à renoncer à ces voyages au Japon. Une mesure efficace : leur nombre a chuté de 54% sur le début de l’année selon les chiffres officiels. « Maintenant il y a autant de touristes chinois que de visiteurs qui viennent d’autres pays... avant ils représentaient 70% de nos clients... », déplore la responsable chinoise d’un magasin de location de Kimono. Certains sont plus impactés que nous. Plusieurs boutiques de location de Kimono ont même dû fermer, car elles dépendaient à 80 ou 90% des touristes chinois. Même si les Européens et Américains viennent, ils ne consomment pas autant, les Chinois eux sont souvent plus dépensiers ». Ils représentaient 11 milliards d’euros de dépenses l’année dernière (2025). Une perte compensée par la hausse des touristes étrangers souhaite rassurer l’agence de tourisme japonaise. Attirés par la chute du Yen, les Américains, Canadiens, Européens ou Sud-Coréens se sont rués à Kyoto, Tokyo et Osaka, portés aussi par une stratégie visant à diversifier les visiteurs. « Parallèlement, nous souhaitons mener des promotions stratégiques pour accueillir des touristes de nombreuses autres régions et pays du monde », explique avec prudence Mr Nakano Takeshi, Vice-commissaire de l’Agence de Tourisme du Japon. En creux, l’objectif est de réduire la dépendance, en privilégiant des voyageurs individuels occidentaux ou sud-coréens plutôt que les groupes de touristes chinois.
    D’autant que dans un pays où la colère de la population vis-à-vis du surtourisme est palpable, s’ajoute une défiance bien ancrée vis-à-vis des voisins chinois. Plus de 80% des Japonais déclarent avoir une opinion négative de la Chine depuis 2013. Une méfiance réciproque et particulièrement difficile à vivre pour les près d’un million de Chinois vivant dans l’archipel. Certains tentent malgré tout de plaider pour la coexistence et le dialogue au plus bas niveau. En témoignent les éclats de rire résonnant devant la station de métro d’Ikebukuro. Chinois et Japonais sont venus échanger et débattre. « Beaucoup de Chinois qui vivent ici n'ont pas d'amis japonais. Parce que les Japonais sont xénophobes mais également assez introvertis », confie Shigeru Takano, un Japonais qui a lancé ce groupe d’amitié il y a trois ans et demi. Il voit désormais chuter le nombre de participants. Tous estiment que le froid politique est là pour rester, mais placent leur foi dans les échanges humains. « Les gouvernements sont les gouvernements et les gens sont les gens. Ici tout le monde préfère la paix », souffle un expatrié chinois. Derrière lui, un autre rend ses autorités responsables. « Tous ces problèmes politiques dépendent directement des hauts dirigeants chinois. En une phrase, tout peut être réglé par Xi Jinping. S'il veut que ça se passe bien, alors les choses se passeront bien. Assure cet homme originaire du Shandong qui requiert l’anonymat. En Chine, les gens sont hostiles aux Japonais à cause de la propagande anti-américaine et anti-occidentale : ils subissent un lavage de cerveau ». Un discours en écho avec celui que tient l’homme à l’origine du groupe. « Le gouvernement japonais actuel, avec des politiciens d'extrême droite comme notre Première ministre Sanae Takaichi, est xénophobe, renchérit Shigeru Takano. Cela va limiter le développement économique du Japon. Je pense que le peuple japonais finira par se réveiller. Aux prochaines élections, ces politiciens d'extrême droite devront quitter le gouvernement ».
    Un vœu loin d’avoir été exaucé. La ligne ferme de Sanae Takaichi, refusant de céder face à la pression de Pékin a été largement récompensée par un raz-de-marée électoral en février. Elle n’a pas rétropédalé, ni présenté des excuses après ses propos sur Taïwan contrairement à nombre de ses prédécesseurs. Si Tokyo assure que la politique de l’archipel n’a pas évolué sur ce dossier ultra-sensible, « les propos de la Première ministre ont pu surprendre à Pékin », estime Hotaka Machida, ancien diplomate japonais en Chine, désormais chercheur invité à l'Institut de géoéconomie de l'International House of Japan. Mais en même temps, les Chinois étaient ultra-vigilants du fait de la réputation de Sanae Takaichi et ils en ont profité pour pousser le Japon à clarifier sa position ».
    La réputation corrosive de la « dame de fer japonaise » n’est peut-être pas étrangère à l’intensité de la réaction chinoise. La Première ministre a longtemps été une habituée du sanctuaire Yasukini. En ce dimanche de printemps, les visiteurs sont nombreux à s’incliner devant le gigantesque Toori, porte rouge marquant l’entrée dans ce lieu hautement polémique. Un geste qui marque leur respect envers les plus de deux millions d’âmes honorés dans ce temple shinto. Ici sont déifiés les morts des guerres du Japon aux XIXème et XXème siècle, dont 1 618 criminels de guerre, certains condamnés pour crime contre l’humanité pour leurs responsabilités dans les horreurs commises par l’armée nippone durant son occupation d’une large partie de l’Asie. Chaque visite de politicien provoque l’ire de Séoul et de Pékin. « Je ne comprends absolument pas pourquoi la Chine et la Corée du Sud critiquent ce lieu », souffle Oga Toko, venu rendre hommage à son grand-père, mort durant la Seconde guerre mondiale. « Personnellement, je serais touchée de voir la Première ministre venir ici. » « La Chine et la Corée du Sud prennent le Japon comme bouc émissaire. Nous étions obligés d’envahir nos voisins à cause de la menace militaire américaine.... renchérit un passant. Le massacre de Nankin par exemple n’a jamais eu lieu. » Des propos révisionnistes qui font référence aux crimes de masse commis par l’armée impériale japonaise en 1937, dans l’ex-capitale chinoise. Durant six semaines d’horreur, des centaines de milliers de civils sont assassinés, et des dizaines de milliers de personnes violées. Des faits largement documentés notamment par des historiens japonais, mais contestés par une partie des soutiens de Sanae Takaichi, qui a elle-même flirté avec cette ligne tout en évitant soigneusement pour l’instant des propos ou une visite polémique qui provoqueraient l’ire de Pékin. Un paradoxe alors qu’elle assume ses ambitions sur un autre dossier : celui de la réforme constitutionnelle permettant d’abandonner le pacifisme. « L’heure est venue », a-t-elle déclaré ce dimanche (12 avril) aux délégués du Parti Libéral Démocrate à l’occasion de la convention annuelle. Avec une promesse, se présenter à cette réunion en 2027 avec un plan précis pour réformer la constitution. « Un rêve de longue date » selon elle, qui se fera certainement au détriment des relations avec son imposant voisin.
  • Grand reportage

    «Le supplément du dimanche» du 12 avril 2026

    2026/04/12
    Bienvenue dans le supplément du Grand reportage de dimanche. C'est un jour d'élections cruciales en Hongrie aujourd'hui, et en seconde partie d'émission, il sera question d'un fait d'armes toujours spectaculaire, la récupération de pilotes tombés chez l'ennemi en illustration des États-Unis qui viennent de permettre de sauver 2 pilotes en Iran. Nous rediffusons un reportage sur la formation de ces opérations de sauvetage de l'armée de l'air française. 
    Élections en Hongrie, les bastions du pouvoir en péril
    C’est un scrutin crucial pour l’avenir de la Hongrie qui va se dérouler ce dimanche (12 avril 2026). Au pouvoir, depuis 16 ans, Viktor Orban est en effet distancé dans les sondages par son principal adversaire : Peter Maggyar, un ancien cadre du Fidesz qui a rompu avec le parti au pouvoir. Il incarne aujourd’hui tous les espoirs de l’opposition hongroise. Cette bataille, elle se livre à Budapest, bien sûr, mais aussi et surtout dans les petites localités des provinces hongroises.
    RFI s’est rendu dans l’est du pays, dans ces régions souvent déshéritées dont le vote pourrait basculer.
    Un Grand reportage de Daniel Vallot qui s'entretient avec Jacques Allix.
    Il faut sauver les pilotes 
    La guerre en Iran vient de connaitre un épisode tout à fait particulier en ce mois d'avril 2026. Pas un fait d’armes dévastateur et meurtrier, mais un moment de forte tension, à très fort enjeu, et techniquement très périlleux : la récupération après leur éjection de deux pilotes américains en terrain ennemi. Les uns veulent les ramener à la maison, les autres les capturer pour en faire des monnaies d'échange et de chantage.
    Pour donner une idée du drame que vivent ces aviateurs au sol, et de la difficulté de mettre en œuvre la mission de leur sauvetage. Des opérations qui se ressemblent, quelles que soient les armées dans le monde. Nous rediffusons ce reportage d’un exercice de l'armée française tourné il y a quelques années.
    Un Grand reportage de Franck Alexandre qui s'entretient avec Jacques Allix.
  • Grand reportage

    «Le supplément du samedi» du 11 avril 2026

    2026/04/11
    En août 2025, une guerre-éclair a éclaté entre le Cambodge et la Thaïlande. À l'origine, une vieille histoire, le tracé de la frontière entre les 2 pays n'est pas clair. Il date de la colonisation française. La carte de 1907 est ambiguë. Les arbitrages internationaux sont ignorés et d'accusations en anicroches tout a dégénéré jusqu'au cessez-le-feu de décembre. En 2è partie. Au Chili, nous avons eu accès exceptionnellement à ces fermes aquacoles qui élèvent des saumons de manière industrielle. 
    Cambodge-Thaïlande: après les combats, vivre dans l'ombre de la guerre 
    La flambée de violence entre Cambodge et Thaïlande, en 2025, a laissé de profondes cicatrices à la frontière. Maisons détruites, terres devenues dangereuses, habitants encore déplacés, malgré le cessez-le-feu conclu le 27 décembre 2025, la région peine à retrouver une vie normale. Au-delà de l'affrontement militaire, le différend frontalier continue d'alimenter les tensions entre Phnom Penh et Bangkok. Fin février 2026, plus de 60 000 personnes n'avaient toujours pas pu regagner leur logement selon les autorités cambodgiennes, qui accusent par ailleurs l'armée thaïlandaise d'occuper certaines zones frontalières.
    Un Grand reportage de Jean-Pierre Fages qui s'entretient avec Jacques Allix.
    Au Chili, cinquante nuances de gris pour « l’or rose » 
    Certains l’appellent l’or rose… Au Chili, la production de saumons constitue la deuxième industrie exportatrice du pays après le cuivre. À l’échelle mondiale, le Chili se situe juste derrière la Norvège, premier producteur, et vend son saumon principalement aux États-Unis, au Japon et au Brésil. Mais, l'Europe, et notamment la France, fait également partie de ses clients.
    Une industrie relativement jeune, une quarantaine d’années seulement, mais qui cherche à croître davantage malgré un nombre non négligeable d’accidents du travail et un fort impact sur l’environnement.
    Un Grand reportage de Naïla Derroisné qui s'entretient avec Jacques Allix.
  • Grand reportage

    Élections en Hongrie, les bastions du pouvoir en péril

    2026/04/09
    C’est un scrutin crucial pour l’avenir de la Hongrie qui va se dérouler ce dimanche (12 avril 2026). Au pouvoir, depuis 16 ans, Viktor Orban est en effet distancé dans les sondages par son principal adversaire : Peter Maggyar, un ancien cadre du Fidesz qui a rompu avec le parti au pouvoir. Il incarne aujourd’hui tous les espoirs de l’opposition hongroise. Cette bataille, elle se livre à Budapest, bien sûr, mais aussi et surtout dans les petites localités des provinces hongroises.
    RFI s’est rendu dans l’est du pays, dans ces régions souvent déshéritées dont le vote pourrait basculer.
    «Élections en Hongrie, les bastions du pouvoir en péril», un Grand Reportage de Daniel Vallot.
  • Grand reportage

    Il faut sauver les pilotes

    2026/04/08
    La guerre en Iran vient de connaitre un épisode tout à fait particulier en ce mois d'avril 2026. Pas un fait d’arme dévastateur et meurtrier, mais un moment de forte tension, à très fort enjeu, et techniquement très périlleux : la récupération après leur éjection de deux pilotes américains en terrain ennemi. Les uns veulent les ramener à la maison, les autres les capturer pour en faire des monnaies d'échange et de chantage.
    Pour donner une idée du drame que vivent ces aviateurs au sol, et de la difficulté de mettre en œuvre la mission de leur sauvetage. Des opérations qui se ressemblent, quelles que soient les armées dans le monde. Nous rediffusons ce reportage d’un exercice de l'armée française tourné il y a quelques années.
    « Il faut sauver les pilotes », un Grand reportage de Franck Alexandre. Réalisation : Pierre Chaffanjon.

About Grand reportage

RFI propose un grand reportage réalisé par les envoyés spéciaux et les correspondants de la rédaction, partout dans le monde. Diffusion du lundi au jeudi vers toutes cibles à 17h10 TU ; 22h10 TU et à 03h10 TU du mardi au vendredi. Le samedi et le dimanche à 09h10 TU, Jacques Allix, rédacteur en chef de l'information monde vous présente une version enrichie, sur 50 minutes avec la diffusion de deux Grands Reportages et à l’issue, un entretien avec leurs auteurs. 
Podcast website